Voici mon récit pour Numérotris !
Pour le contexte, le déroulé de mon deuxième accouchement a fortement influencé ma préparation pour celui-là et mon état d'esprit (récit Numerobis page 70). Quand je l'ai relu, j'ai compris toutes les violences gynéco que j'avais subies... J'ai accouché au même endroit, j'avais peur que ça se reproduise, mais je suis revenue sur ce que j'avais mal vécu à chaque fois que j'ai parlé à qqn de la mater pendant ma grossesse, en insistant bien sur ce qui était inadmissible désormais pour moi. Heureusement ça a été pris en compte.
Samedi 28 mars
Cela fait qq jours que j'ai une sensation de pesanteur dans le bas ventre, mais rien de concluant. Pas de contractions régulières, rien d'annonciateur. Je suis à 39+5, je vois doucement se rapprocher le terme et l'angoisse du déclenchement commence à pointer son nez. Je réfléchis à demander un décollement des membranes dans la dernière semaine, pour pouvoir en avoir un autre si besoin le jour du terme. Mais je serais déçue d'avoir recours à un geste extérieur et de ne jamais avoir expérimenté un travail spontané (perte des eaux pour le premier avant contraction, décollement car terme pour le second). Je suis aux prises avec cette pensée, il fait beau dehors, on dirait que le printemps va s'installer. Je propose une balade en famille, j'envisage d'abord la forêt mais on traîne au réveil de la sieste et j'ai finalement la flemme de bouger si loin, de marcher et d'être en hyper vigilance à cause des chiens non tenus en laisse que les maîtres ne rappellent pas assez vite à mon goût. On va donc à une aire de jeux près de chez nous.
Ça tire tjs dans mon ventre mais ce n'est pas régulier du tout, ça ne m'empêche pas de marcher ni de parler, je me dis que ça travaille juste comme ces derniers jours... Je demande tout de même à mon mari de vérifier que sa soeur, notre plan B (plan A est partie en WK), est bien dispo ce soir / cette nuit / demain, et je lui demande de bien garder son tel allumé. Elle est "unagi".
Dimanche 29 mars
La soirée se passe, rien de spécial, rien de plus fort ou régulier. Vers 2h30, mon heure de réveil habituel ces derniers temps, je me sens inconfortable et ça tire un peu comme un début de douleurs de règles discret, ce que je ressens souvent ces temps ci. Je somnole, mais je regarde à nouveau l'heure vers 3h45. Je me tourne dans le lit pensant que ça va soulager les tiraillements. Et là, je sens l'écoulement si caractéristique, très tiède, très fluide. Il est 4h15. Je vais aux toilettes vérifier que c'est clair. Je n'en perds pas beaucoup, rien au sol et rien dans le lit, donc je sais que j'ai juste fissuré.
Je suis un peu déçue car je sais que ça veut dire aller à la mater dans les 2h et je n'ai pas l'impression d'avoir des contractions qui se lancent... Je réveille mon conjoint, qui a l'air hagard. Il se met en mode "homme qui a une todo list mais ne sait pas par quel bout la prendre". Il décide d'aller d'abord chercher sa sœur pour garder les enfants, ce que je l'encourage à faire au cas où ça s'accélèrerait d'un coup (j'ai accouché vite pour numérobis). Pendant ce temps j'appelle la maternité, qu'ils sachent qui je suis quand j'arrive et pour éviter la panique qu'il y avait eue pour numérobis toujours.
Je mange des dattes, je vide le lave-vaisselle, je prends une douche, je finalise mon sac. Ils arrivent. Mon mari va se laver et je brieffe ma belle-soeur sur le petit dej des enfants. J'ai qq contractions mais rien de fou. Ah si, j'ai quand même très envie d'aller à la selle, j'y vais mais ça ne me soulage pas trop.
À 6h, on part. Pour les deux dernières contractions, j'ai dû m'appuyer au mur et souffler mais je pouvais encore interagir.
Je suis assise sur le siège passager pour sortir du parking mais pfiou rien de pire et que des mauvais souvenirs de cette position pour le dernier accouchement, donc dès le premier feu rouge j'attache la ceinture pour éviter la sonnerie et je m'accroupis au sol. Les contractions restent bien gérables, j'en ai toutes les 4/5 minutes et elles durent environ 1 minute.
6h30 on arrive à la mater, pile à temps car j'ai encore envie d'aller aux toilettes. La porte des urgences met une éternité à s'ouvrir pour mon sphincter. Les deux mecs qui nous accueillent renvoient mon mari garer la voiture ailleurs, veulent me mettre en chaise roulante mais je refuse et je dis devoir aller aux toilettes, ils me demandent d'attendre d'être aux urgences (LOL), je promets de laisser la porte déverrouillée. Quand je sors, le mec m'accompagne jusqu'à l'ascenseur où il me tend mon sac, me dit que c'est au deuxième et me dit au revoir


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Le sage-femme des urgences nous attendait, mon mari arrive quasi en même temps que moi. Il me demande s'il peut m'examiner et m'explique ce qui va se passer selon l'état de mon col. Il dit aussi qu'il va me poser une voie, je demande juste à pouvoir plier poignet coude. Je suis à 3/4 avec encore un petit bourrelet de col, je suis un peu déçue, je pensais plus, en même temps je sens que l'intensité n'est pas encore là. Mais je dois désormais être concentrée pendant les contractions. Il me dit que je les gère super bien, et qu'on va aller direct en salle de naissance car ça va aller vite, ce que je ne pense pas spécialement de mon côté. Je demande à quelle heure est le changement de garde car je ne veux pas tomber dedans si possible, il sourit et dit que si besoin qqn restera pour moi. En sortant des urgences je dois encore aller à la selle, le SF me demande d'attendre d'être en salle de naissance (mais pquoi personne ne me laisse faire caca quand je veux ??), mais la personne qui doit nous emmener met plus de 30 secondes à arriver donc je me dirige vers les WC. Mon mari me dit "mais non attends il t'a dit d'attendre" - "écoute si j'attends je me ch!e dessus dans le couloir là" ; le SF, au téléphone juste à côté, m'a fait signe d'aller aux toilettes du coup

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On arrive en salle de naissance, il doit être 7h, déception car salle nature indispo. Je demande où sont les toilettes (ma grande préoccupation toujours..), et il faut ressortir du service, pas pratique... Une SF se présente et commence à préparer tout le matos, je me mets nue car j'ai très chaud et je sens que je commence à partir dans mon monde. Je lui redis que je veux qu'on m'explique tout ce qu'on me fait, que je ne veux pas qu'on me force ni me maintienne. C'est écrit en gras dans mon dossier aussi à ma demande, donc elle n'est pas surprise. Je demande le ballon, mais j'ai besoin de me suspendre, mon mari prend l'écharpe et je m'accroche. Être contre lui et sentir son odeur me fait du bien (ocytocine bonjour !). La SF me pose un monito et s'en va, disant "appelez nous si besoin".
Je me mets à pleurer quand on est seuls, d'un coup. Mon mec "mais qu'est-ce qu'il y a qu'est-ce que j'ai fait" - heu rien n'est à propos de toi là... Et une minute après, rebelote, envie de faire caca. Comme il faut sortir du service et que pour re rentrer faut un badge on essaie de trouver qqn pour prévenir du déplacement, mais nobody. Tant pis on sort. La SF nous cherche partout car le monito ne captait plus rien. Elle me demande si elle peut rentrer dans les WC, "heu là j'avoue que ça ne m'arrange pas". Elle me demande si c'est la tête qui arrive, je dis non. Elle nous raccompagne, et sur le trajet je ferme les yeux. Je ne les rouvrirai qu'une fois, et je n'ai plus aucun souvenir visuel jusqu'à la naissance.
La SF repart (aucune idée si elle a remis un monito mais je pense que oui). Deux minutes après je sens que ça prend un clic et je commence à vocaliser, je dis à mon mari de sonner. La SF revient et dit "ok ça commence" et elle appelle tout le monde. J'annonce que j'ai des fortes douleurs de règles. Quelques instants après je lui dis "ça a changé je n'ai plus de douleurs de règles ça a changé". Là c'est très flou, je sais que j'ai mal, je suis sur le lit mais la barre n'est pas assez haute pour que je sois bien accrochée, je sens qu'il y a qqch qui bloque. Elles me disent de pousser en bloquant mais je n'ai pas envie, je sens que ce n'est pas ce qu'il faut et je sens que le bébé n'est pas là où il faut. En même temps j'ai mal mal mal. Ça dure un temps, et je sens à l'intérieur de mon corps "ploc", un vrai ploc (je dis d'ailleurs"ça a fist ploc !!" Elles n'ont pas dû comprendre), comme qqch qui était coincé et qui passe. Le bébé descend. Mais il ne s'engage pas assez, je n'ai tjs pas envie de pousser. "Allez madame votre bébé fatigue faut l'aider" - le fameux avertissement... J'ouvre les yeux pour voir l'AP accroupie qui tient le monito sous mon ventre et qui me dit doucement que je dois pousser en bloquant... Je voudrais sentir cette poussée naturelle, j'ai peur de continuer à me faire caca dessus (mais quelle est la capacité de mes intestins ???) et j'ai peur pour mon périnée. Mais j'essaie. Au bout de qq fois ça y est, cette sensation d'écartélement. Elles m'encouragent, mais il ne descend pas vite, le cercle de feu dure indéfiniment, je crie "allez mon bébé allez", puis je lâche pour moi-même "plus jamais sans péri plus jamais". Il ne remonte plus, il est dans le vagin mais ça dure... Mon mari me dira ensuite que les deux SF se sont regardées : "il est mal placé, faut qu'on bouge". La tête me semble à moitié sortie mais j'entends "madame vous ne vouliez pas je sais mais là il faut aller sur le dos". Je fais des efforts surhumains pour passer de mon semi 4 pattes à sur le dos avec une moitié de tête humaine entre les jambes, j'arrache la perf dans le mouvement, pile quand elles lancent l'ocytocine pour la délivrance qui du coup coule dans mon dos. Mon mari me racontera que les SF ont tourné la tête du bébé et l'ont tiré pour le sortir.
Ça y est, notre 3ème garçon est là, je le serre contre moi, je le mets au sein, il va bien, moi aussi, une eraillure seulement, l'équipe de suites de couches n'en revient pas vu qu'il était en occipito-sacré. Il est 7h45 (j'ai bien accouché avant le shift de 8h ouf

). Le placenta sortira sans souci et j'ai pu le regarder comme je voulais.
Le compte-rendu d'accouchement dira que bébé regardait les étoiles, donc présentait son plus grand diamètre crânien, d'où la difficulté d'engagement et ce cercle de feu interminable...
Je pense que si je n'avais pas perdu les eaux, j'aurais attendu que ça se lance au max chez nous et j'aurais accouché à la maison ou dans la voiture.
En tout cas, j'ai eu le sentiment d'être respectée cette fois-ci, et c'est ce qui était le plus important pour réparer mon vécu sur le dernier accouchement.